La Maison forte de Reignac

Voyage dans le temps et dans un lieu surprenant

Accroché à la falaise, cet édifice troglodyte fortifié est certainement l’un des plus extraordinaires de notre Périgord, construit à l’endroit même où les populations d’homo sapiens se réfugiaient il y a 20 000 ans…

Texte & photos – Frédéric Lemont

• Article paru dans notre numéro de printemps 2018 •

C’est l’un des endroits les plus chargés d’histoire du Périgord. C’est aussi l’un des plus étranges, secrets et singuliers. Sur la route qui mène de Montignac aux Eyzies, juste avant d’arriver sur les terres emblématiques de l’Homme de Cro-Magnon découvert il y a 150 ans déjà, regardez bien sur votre gauche, en contre-haut. C’est là ! C’est elle ! C’est la Maison forte de Reignac. Sobre, discrète, intégrée à cette très impressionnante paroi depuis quelques siècles…

20 000 ans d’histoire

Il faut gravir le joli chemin verdoyant à pieds. Un virage en épingle à cheveux. Puis un autre. Ça grimpe ! Mais la récompense en vaut la peine: on reste bouche bée en découvrant l’imposante et massive bâtisse totalement encastrée dans la falaise rocheuse. Classée monument historique et construite sur un escarpement surplombant la vallée de la Vézère, la Maison forte de Reignac est posée là sur plus de 20 000 ans d’histoire. C’est en effet ici que certains de nos ancêtres chasseurs-cueilleurs se protégeaient du froid, utilisant de vastes abris sous roche comme à la Roque Saint-Christophe.

Monument Historique

Les “maisons fortes” ou “maisons fortifiées” sont des édifices apparus au XIIe siècle. Ce ne sont pas des châteaux. Pas plus qu’elles ne sont de simples résidences. La plupart de ces “maisons fortes” étaient situées aux abords des bourgs, le long des routes principales ou à la frontière d’une grande seigneurie. Leurs propriétaires cherchaient à reproduire les éléments les plus significatifs et les plus chargés de symboles des châteaux. Elles présentent le plus souvent une organisation assez établie avec des espaces dédiés à la vie privée, des lieux de sociabilité et d’autres servant à la pratique religieuse. L’esthétique était loin d’être négligée. Au contraire, un grand soin était apporté aux aménagements extérieurs.

Vu d’en bas, on ne saisit pas très bien la mesure et la démesure de ce “château-falaise” – le dernier encore debout en France ! –, bien plus grand, profond et haut qu’on peut l’imaginer au premier regard. Vu de l’extérieur, le bâtiment semble parfaitement conservé. La façade élégante datant de 1386 surplombe la Vallée de l’Homme, ce grand berceau de l’homme anatomiquement moderne inscrit au patrimoine mondial de l’humanité de l’UNESCO.

Seul « château falaise » encore debout

Lorsqu’on pénètre dans la maison, on découvre la souillarde (arrière-cuisine), appelée ainsi parce qu’on y conservait les soudes et les savons. L’odeur de feu de bois nous saisit. Serait-il possible qu’elle subsiste depuis les temps anciens où la maison était habitée ? Non ! Les feux sont allumés tous les jours dans les cheminées de la maison. Car, au-delà de nous montrer sa fabuleuse architecture, l’intérieur de Reignac nous conte une histoire ! Tout semble avoir été laissé en l’état depuis le début du siècle dernier. On a même la troublante impression que ses habitants ont fui quelques minutes avant notre arrivée dans les lieux, en laissant leurs provisions sur l’épaisse table de la cuisine et la grosse marmite en fonte pendue au-dessus du feu. La soupe au pain de seigle y mijoterait-elle encore ? À moins qu’il nous faille éplucher et couper les carottes, le céleri, le chou et les navets – ils ne sont pas en plastoc ! – nous-mêmes pour nous charger du repas de la maisonnée ?

Tout semble avoir été laissé en l’état

De nombreux objets de la vie courante sont exposés ici pour nous rappeler le mode de vie de nos anciens, comme un rouleau à pâtisserie en verre que l’on remplissait d’eau bien froide pour mieux étaler et réussir les pâtes feuilletées au beurre frais. Dans cette cuisine tout droit sortie d’un roman de Signol, on note une étonnante cuisinière en pierre fonctionnant à la braise ou au charbon de bois. Les habitants du fort semblent avoir déguerpi si vite qu’ils ont même laissé leurs affaires personnelles dans les tiroirs – ouvrez-les, vous verrez ! Mais, avançons un peu. Ou plutôt, enfonçons-nous dans la falaise pour découvrir la partie troglodyte du bas de la maison dédiée aujourd’hui à la Préhistoire…

Des outils, des matières premières, des silex, des lances et tout un tas de restes retrouvés durant les vingt années de fouilles menées ici. Au fond de cette grande salle fraîche, en se penchant un peu vers la paroi rocheuse, on voit une couche archéologique de “brèche”, un conglomérat sédimentaire contenant des traces de la Préhistoire (débris d’outils, ossements…). Oui : des hommes et des femmes se tenaient là il y a au moins 15 000 ans. Et peut-être même avant ! Le grand escalier nous mène au premier étage. La salle d’Honneur majestueuse est elle aussi parfaitement meublée. Une véritable machine à remonter le temps !

Un redoutable fort de défense

Idem dans la chambre de la comtesse, où le feu de cheminée se consume et où une délicate robe pendue à la porte de l’armoire attend d’être enfilée. Au deuxième étage, le plafond de la salle des Grands Hommes n’est autre que celui de la cavité rocheuse elle-même. On peut entrer (ou non !) dans le petit cachot, assez peu accueillant, creusé dans la roche, qui était muni d’une double porte qui ne devait pas laisser passer les lamentations. Viennent la salle d’armes puis la chapelle. En enfin, la fameuse chambre du Bouc, un personnage à vous glacer le sang ! Car, il se dit qu’au début du XIIe siècle, la vallée de la Vézère connut un enchaînement de meurtres et d’actes violents atroces. Des voyageurs se faisaient détrousser et assassiner. De jeunes bergères disparaissaient mystérieusement. Des ecclésiastiques étaient retrouvés battus à mort et mutilés. En ces temps, dans les campagnes, on parlait d’un bandit au visage recouvert d’une peau de bête. On attribue ces exactions au seigneur de l’époque, Jacquemet de Reignac, connu par ailleurs pour sa cruauté, son œil démoniaque et son goût un peu trop prononcé pour le droit de cuissage. Tout un programme ! C’est en montant l’étroit escalier qui mène à la terrasse supérieure qu’on prend conscience du rôle défensif de ce fort. Outre sa protection naturelle, cette fortification présente de nombreux éléments défensifs : la bretèche – petit avant-corps rectangulaire défendant les murs et la porte d’entrée –, un assommoir, des bouches à feu et les très efficaces meurtrières.

Un alchimiste haut perché ?

Toujours à ce niveau : une maisonnette qui aurait été occupée par Léopold de Bonaventure, un alchimiste qui aurait essayé ici de créer de l’or. La grotte des faux-monnayeurs fut quant à elle surnommée ainsi, car elle aurait été idéale, de par son isolement, pour s’adonner à la fabrication de fausses pièces… Il ne nous reste plus qu’à redescendre les étages vers le présent… et à découvrir une exposition qui ne peut vraiment pas laisser indifférente. Lisez plutôt ci-dessous ! ■

Torture et peine de mort…

Après avoir été présentée à Mexico, San Francisco, Tokyo, Madrid, Florence, cette exposition de renommée internationale, soutenue par des ONG humanitaires, s’est posée à Reignac. Il s’agit d’une collection de plus de soixante authentiques (ils ont tous servi !) instruments de torture, d’exécution capitale ainsi que de gravures et tableaux d’époque retraçant l’effroyable histoire des horreurs et de la cruauté humaine. La plupart de ces instruments appartiennent à un passé lointain. Quoique ! La peine de mort n’a-t-elle pas été abolie en France qu’en 1981 ? Notons que d’autres “dispositifs” sont encore utilisés de nos jours dans certaines contrées peu fréquentables. L’objectif de cette exposition – facultative et sans supplément – est de sensibiliser le public à ces pratiques.

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