La Route des métiers d’art de Dordogne

Le rencontre de l’humain et de la matière

Cette année encore, le carnet de la route des métiers d’art propose de partir à la rencontre d’artisans au savoir-faire et à la créativité uniques. Nous vous proposons un petit tour d’horizon avant de marquer trois étapes dans ce parcours si riche.

Par Odile Laroche & Frédéric Lemont

La Route des métiers d’art de Dordogne | Article paru dans le numéro d’été 2020 de notre magazine.

Comme l’aaffirme volontiers Colette Langlade, Vice-Présidente du Conseil départemental de la Dordogne chargée de l’économie et de l’emploi : “la Dordogne est une terre d’art et de création” depuis toujours, un département “de talents et d’émotions”. Après tout, du plus profond de l’Histoire, dans les grottes des Eyzies ou de Lascaux, les hommes et les femmes ont su transformer la matière de leurs mains, trouver des techniques et transmettre des savoir-faire dont certains ont traversé les siècles et constituent une véritable richesse qu’il faut tout faire pour mettre en avant…

Travail de la matière et apport artistique

C’est justement le but de cette initiative made in Périgord.  Mais au fait, qu’est-ce qu’un métier d’art ? Selon la loi, “relèvent des métiers d’art, […] les personnes physiques ainsi que les dirigeants sociaux des personnes morales qui exercent, à titre principal ou secondaire, une activité indépendante de production, de création, de transformation ou de reconstruction, de réparation et de restauration du patrimoine, caractérisée par la maîtrise de gestes et de techniques en vue du travail de la matière et nécessitant un apport artistique”. La Route des métiers d’art propose donc depuis 1996 de mettre en lumière tous ceux qui exercent une telle activité…

Un carnet édité tous les ans

Depuis de nombreuses années, la Chambre des métiers et de l’artisanat de Dordogne – avec le soutien du Conseil départemental, toujours très dynamique lorsqu’il s’agit de promouvoir le Périgord – propose, en collaboration avec les associations d’artisanat d’art, un véritable carnet de voyage qui permet de sillonner le département pour y découvrir des savoir-faire précieux et des artisans d’art talentueux et créatifs. Il s’agit donc voir d’un peu plus près ces métiers de passion et de mieux comprendre comment des créations uniques sont réalisées par des femmes et des hommes qui ont choisi le Périgord comme terre d’inspiration.

Des dizaines d’artisans, inscrits au registre des métiers de la Chambre des métiers et de l’artisanat de Dordogne, et appartenant à la section d’art du 1er janvier 2019, sont répertoriés dans le carnet. Et depuis 2019, l’accent est mis sur les prestations proposées par les différents artisans. Ainsi, le carnet de route peut nous emmener vers des visites commentées d’ateliers ou d’échoppes. Il peut aussi nous permettre d’assister à des démonstrations ou de nous inscrire à des stages d’initiation aux techniques des artisans. Sont aussi mis en avant les lieux d’exposition et de vente directe et les professionnels qui assurent la restauration du patrimoine bâti ou d’objets d’art.

(suite de l’article après la photo)

Un atout économique et touristique

Comme le souligne Germinal Peiro, Président du Conseil départemental de la Dordogne, dans l’édito qu’il signe dans le carnet de la Route des métiers d’art 2019, “l’artisanat d’art représente aujourd’hui une belle vitalité, un atout économique et touristique au cœur même de notre ruralité”. Il souligne aussi que c’est l’occasion de faire de “magnifiques rencontres” au fil des balades qu’inspire cette Route des métiers d’art d’une richesse phénoménale…

En effet, l’un des points communs à tous ces artisans qui nous ouvrent grand leur porte, c’est sans aucun doute leur goût pour ce qu’ils font. Un goût qu’ils se font un point d’honneur à transmettre à tous ceux qui le souhaitent. Car, au-delà de leur activité, qui est à la fois professionnelle, personnelle et passionnelle, ces femmes et ces hommes sont des vecteurs de transmission. Le savoir-faire est aussi précieux que fragile. Un métier rare qui se pratique avec des gestes précis peut ainsi disparaître en deux ou trois générations s’il n’est pas “transmis”. Alors, prenons la route pour une rencontre avec un sculpteur et une marbreuse et la visite d’une splendide boutique. ■ 

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Anne Lasserre, marbreuse

La marbrure et la dominoterie sont vite devenues une passion pour cette artisane d’art qui adapte aujourd’hui ces fines techniques ancestrales au travail du cuir…

Anne Lasserre est l’une des cinq personnes en France à exercer le métier méconnu de marbreuse et de dominotière. Anne Lasserre crée donc des papiers décorés dont les motifs imitent le plus souvent ceux du marbre ou d’autres roches… mais pas uniquement. “La marbrure est l’une des plus anciennes techniques de transfert”, explique cette passionnée dont l’atelier se trouve à Trémolat.

La marbrure a beaucoup servi en Turquie pour la décoration des textes sacrés. Le “suminagashi” nippon (“encre qui flotte sur l’eau en mouvement”), ancêtre de la marbrure, est en effet né au XIIe siècle. Il reste un art très délicat et minutieux, car les éléments qui sont nécessaires à sa fabrication sont très instables. Les motifs des papiers marbrés sont obtenus par transfert des couleurs qui flottent à la surface de l’eau ou d’une solution visqueuse. D’où “l’aspect fluide” des motifs obtenus.

 

Des techniques de plus en plus rares  

Ce type d’ornement a été utilisé au long des siècles pour décorer toutes sortes de surfaces. On l’utilise souvent comme support pour l’écriture en calligraphie, pour des affiches et les plats-papier en reliure. Chaque réalisation est unique et présente par conséquent un tracé différent, ce qui donne un caractère totalement singulier à l’objet qu’elle recouvre ou ornemente. C’est après une formation de reliure et la rencontre d’une marbreuse qu’Anne s’est littéralement passionnée pour cet art et ses techniques qui deviennent de plus en plus rares.

Car, comme elle le rappelle, “s’il y a peu de marbreurs, c’est qu’il y a peu de relieurs. Le marché est donc réduit.” Si autrefois, la marbrure était très répandue, elle est aujourd’hui décorative en reliure, en cartonnage… ou pour tout ce qu’un esprit imaginatif peut en faire. Anne s’est quant à elle attaquée à la marbrure du cuir pour viser la maroquinerie afin d’élargir son champ et les possibilités d’utilisation de ses créations. ■

 

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Philippe Stemmelen, sculpteur

Cette année, ce sculpteur a tenu à participer aux Lapidiales, un atelier et un musée à ciel ouvert près de Saintes où les artistes travaillent sur un sujet imposé…

Autodidacte de la sculpture, passionné de Camille Claudel et d’Auguste Rodin, Philippe Stemmelen a donc appris, à force de travail et de lecture, l’art, tout en force et en délicatesse de la taille de pierre et du modelage avant de suivre des études d’histoire de l’art et du dessin.

Après s’être perfectionné à l’art du moulage et des émaux sur faïence, il a travaillé pour une société suisse de céramique, tout en suivant des cours de taille sur bois avec André Seiller qui lui a transmis son savoir-faire. Après trente-cinq ans passés en Alsace, il s’est finalement installé à proximité de Brantôme. Depuis, Philippe travaille essentiellement des matériaux locaux (pierres, châtaignier, chêne, noyer…) et réalise des fresques murales intérieures et extérieures.

 

Un chantier en perpétuelle évolution   

Cette année, il a décidé de participer aux Lapidiales à Port d’Envaux, près de Saintes. Cet événement organisé dans un espace d’art en constante évolution, est une espèce de chantier “perpétuel” où des sculpteurs de tous pays, au fil des décennies, travaillent à une œuvre commune qui témoignera devant les générations futures de leur état d’hommes dans leur époque.  “C’est une performance au niveau de la sculpture”, selon l’artiste.

Ce symposium invite les artistes à travailler sur un thème donné tous les ans. Cette année : les cultures d’Afrique de l’Ouest. “L’important pour moi, c’est de réaliser une œuvre qui restera dans un endroit consacré à la sculpture et de pouvoir rencontrer avec des sculpteurs du monde entier et échanger avec eux”. Philippe a choisi de représenter Mmai Wata, l’esprit de l’eau, quelquefois décrite comme une sirène mi-femme mi-poisson que l’on trouve dans les régions de l’Ouest de l’Afrique et en Afrique Centrale. Un travail époustouflant qui a pris des mois de réflexion et de réalisation à son auteur, comme on l’imagine en admirant les photos ci-contre.

 

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Piqoli, une boutique-écrin

Situé dans une magnifique bâtisse rénovée dans le superbe village de Saint-Léon-Sur-Vézère, ce lieu met en lumière le travail impeccable d’artisans d’art…

C’est un lieu bien connu des amateurs de beaux objets d’artisanat d’art. La boutique Piqoli est ancrée à Saint-Léon-sur-Vézère depuis 2015. Depuis avril dernier, elle a élu domicile dans une maison plantée juste en face du Manoir de la Salle, une bâtisse acquise en 2017 et totalement restaurée.

Il a fallu tout refaire, car la maison était en mauvais état”, explique Olivier Picquart, propriétaire des lieux. “Nous avons donc tout démoli à l’intérieur, les murs et le sol ont été refaits et nous avons agrandi ou percé quelques ouvertures pour donner plus de lumière. Nous avons privilégié les matériaux naturels (bois et pierres) pour que ce nouvel espace puisse accueillir des créations elles-mêmes issues de matières naturelles. Toutes les créations sont présentées sur du mobilier en chêne fabriqué par un artisan que nous exposons dans la boutique. Nous avons aussi porté une attention particulière à l’éclairage pour mettre en avant la belle finition du travail des artisans.

 

Un lieu créé par Olivier Picquart   

Le résultat est en effet un véritable écrin pour les artisans d’art qui exposent dans ce lieu qui est instantanément devenu incontournable pour les gens du coin et les visiteurs. Le choix des artisans d’art représentés dans la boutique s’articule autour du travail d’Olivier, dans un souci de cohérence et de qualité. Olivier travaille d’ailleurs dans la maison en question, à l’étage.

Sculpteur et bijoutier, il compose des créations et des reproductions préhistoriques puisqu’il utilise principalement l’ivoire fossile de mammouth de Sibérie – signalons au passage que contrairement à l’ivoire d’éléphant dont le travail et le commerce sont illégaux, les exploitations artistique, artisanale et commerciale de l’ivoire de mammouth sont totalement légales puisque ce matériau est considéré comme fossile. Conservé dans la terre gelée qu’est le permafrost, et âgé de 10 000 à 100 000 ans, cet ivoire livre les mêmes propriétés blanches que l’ivoire d’éléphant. Trempé dans la terre, il peut être imprégné de couleurs dues à la présence d’oxydes. Les fontes estivales du permafrost laissent apparaître des os et des molaires qui sont exportés depuis au moins le IXe siècle. Son utilisation en Europe est attestée depuis le Moyen-Âge avant d’être un peu tombée dans l’oubli à cause de la colonisation de l’Afrique. 

Des artisanats complémentaires 

L’ivoire de mammouth a retrouvé enfin sa place grâce aux restrictions sur l’ivoire d’espèces menacées. Au moins 60 tonnes sont découvertes chaque été en Sibérie ! Et si elle n’est pas ramassée à temps, cette matière première se détériore puisqu’elle baigne dans la boue. On en trouve notamment beaucoup en Alaska et dans la province canadienne de l’Alberta. En rentrant dans la boutique Piqoli, on découvre donc les bijoux et les sculptures d’Olivier.

Mais aussi le petit mobilier en bois de Gideon Zadoks, la maroquinerie de Kristof Mascher, sertie de cuir de poisson tanné selon les techniques du peuple Nanaï, les céramiques d’Ona Volungeviciute qui s’attache, entre autres, à reproduire des poteries néolithiques de la culture Narva. Les terres sigillées d’Allan Desquins sont elles aussi mises à l’honneur, tout comme les services à thé en grès blanc avec incrustations de graminées de Semka Debals ou encore, les créations de coutellerie d’Antoine Borde, d’Alex Dubois, d’Alex Dumoulin et de Maxime Rossignol. Cet espace permet aux artisans d’art d’exposer et de vendre leurs créations dans un écrin à la hauteur de leur talent. ■

 

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