Frédéric Vincent, sculpteur de poésie

Ses gargouilles en bronze nous en disent long sur nous-mêmes…

Cet artiste installé tout près de Montignac expose aussi ses œuvres dans son échoppe de Terrasson. Il a fait de ses gargouilles en bronze une expression directe de ce que la nature humaine a de plus beau et de gracieux. Nous l’avons rencontré…

TEXTE & PHOTOS – Frédéric Lemont

Photo de couverture © Jean-Luc Kokel

Frédéric Vincent, sculpteur de poésie | Article paru dans le numéro de printemps 2020 de notre magazine

Si vous décidez de passer dans la magnifique ville de Terrasson ce printemps ou cet été – et nous vous y encourageons vivement ! –, n’oubliez surtout pas de faire un petit tour dans les charmantes rues de l’ancienne cité et de pousser les portes des échoppes qui font, à très juste titre, la fierté de la ville ! C’est d’ailleurs comme cela que nous avons fait la connaissance de Frédéric Vincent, un sculpteur fascinant et un être humain lumineux récemment récompensé par une mention au très prestigieux Salon des artistes français, dans le cadre d’Art Capital, au Grand Palais à Paris.

Une énergie positive et bienveillante

C’est donc par le plus grand des hasards que notre curiosité nous a menés jusqu’au travail de cet artiste touchant. Un sculpteur qui a choisi de modeler des corps loin des critères de beauté “imposés”, en les affublant de têtes de gargouilles revisitées, il y a en effet de quoi avoir envie d’en savoir plus, non ? Et en nous approchant de ces gargouilles aux corps imparfaits et pourtant si gracieux, nous sommes littéralement tombés sous le charme du travail de Frédéric.

Il se dégage en effet de ses œuvres une forme de beauté universelle, empreinte d’une douce innocence, de volupté, d’amour. Frédéric nous a invités à lui rendre visite dans son lieu de vie et de travail, à quelques encablures de Terrasson, tout près de Montignac, pour nous expliquer son travail. “J’ai acheté ce corps de ferme en ruine lorsque j’avais 20 ans et j’ai tout refait moi-même”, nous confie-t-il. “En même temps, je n’ai pas beaucoup de mérite puisque j’étais artisan en maçonnerie et en couverture”, ajoute ce garçon modeste . Le résultat est impressionnant : trois bâtiments, comme seul le Périgord sait en offrir, remaniés en un parfait écrin de création. 

Gracieuses gargouilles

Frédéric se souvient : “Je suis allé visiter le Musée Rodin à Paris. Et là, je dois dire que ça a été une vraie révélation pour moi. J’ai senti une telle connexion avec les sculptures que je voyais ! C’était la chose la plus merveilleuse que j’avais jamais vue !” De retour dans le Périgord, Frédéric Vincent met la main à la pâte. Il commence par sculpter des hommes et des femmes, en se concentrant sur l’anatomie et le nu. Il expose alors dans des hôtels. “Les hôtels jouissaient d’œuvres originales et moi, je pouvais exposer dans un cadre unique, loin des galeries ou des expos dans lesquelles les œuvres se noient parfois dans la masse et ne ressortent pas vraiment”, explique-t-il. On peut aussi admirer l’une de ses œuvres “pré gargouilles” face à la Poste de Montignac, un couple nu assis sur une mappemonde.

(suite de l’article après les photos)

Ça m’est tombé dessus un jour

D’accord ! Mais comment en est-il venu un jour à sculpter des gargouilles ? “J’ai eu la chance de ne jamais avoir à chercher ce que j’allais sculpter”, nous affirme-t-il. “Beaucoup d’artistes se lancent en effet dans une quête pour déterminer ce qui sera l’objet de leur travail et de leur concentration. Pour ma part, ça m’est tombé dessus un jour. D’où ça vient ? Je n’en sais rien ! Je n’avais pas de fascination pour les gargouilles. Un jour, j’ai pris le ciseau de taille que mon père m’avait offert et j’ai sorti la première gargouille de ce qui allait devenir une longue série…

La nature sculpte avec patiente  

Cette gargouille trône aujourd’hui dans son jardin, parmi ses premières créations. Ses œuvres, l’artiste les veut vivantes. Il a donc décidé de les laisser évoluer avec la nature, pour que cette dernière reprenne ses droits, que la mousse se fixe peu à peu sur ses sculptures afin qu’elles fassent elles aussi partie de cet environnement et que le temps accomplisse son immuable tâche. Mère Nature n’est-elle pas la plus douée (et patiente !) des sculptrices ? Très vite, Frédéric Vincent souhaite passer à un autre matériau : le bronze. “J’ai d’abord découvert la pierre, celle du Périgord principalement, puis je me suis tourné vers la terre, le plâtre, puis le bronze qui offre plus de liberté, de fluidité et de finesse dans l’expression des mouvements et des émotions”. En homme entier, il décide de monter patiemment et méthodiquement sa propre fonderie, dans l’un de ses bâtiments, pour assurer lui-même, de A à Z, tout son processus de création. 

(suite de l’article après les photos)

Car, même si ses sculptures semblent avoir été réalisées sans effort pour nos regards profanes, les étapes sont nombreuses. Après la réalisation d’un original en plâtre – lui-même obtenu après un premier moulage réalisé sur un premier jet en terre –, Frédéric réalise un “négatif” en silicone pour y couler de la cire. Cette sculpture de cire est ensuite découpée en différents éléments qui seront réassemblés ensuite “en pièces détachées” savamment organisées en un moule final.

Il s’agit en effet d’optimiser chaque coulée et de réaliser le plus d’éléments possible en un seul moule. Une matrice en plâtre est alors réalisée autour des éléments de cire – une cire qui sera ensuite éliminée dans un four. Un processus qui dure tout de même trois jours et trois nuits, à 750°C ! À la place de la cire, Frédéric coule du bronze en fusion. Une fois le tout refroidi, il faut éliminer le plâtre (étape carrément sportive !), découper les différents éléments du puzzle brut de coulée (étape tout aussi sportive), puis les assembler en les soudant. Viennent ensuite les phases de lissage et de patine.  

 

Des visages si humains

Ses sculptures semblent vivantes et en mouvements – s’animent-elles d’ailleurs par magie lorsque personne ne les regarde ? Solidement figées dans le lourd bronze, elles semblent pourtant si légères ! Ces gargouilles nous paraissent résolument humaines, loin des stéréotypes de genre et des canons de beauté, “parfaitement imparfaites”. Eh oui ! Les créatures de Frédéric, c’est tout simplement lui. C’est nous. C’est vous ! ■

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