Le Musée Vesunna de Périgueux

Une merveille enfouie

Le musée vesunna de périgueux, dont le superbe bâtiment contemporain signé par Jean nouvel est un écrin posé sur les vestiges d’une domus démesurée, s’articule comme une fenêtre ouverte sur l’histoire de vesunna, capitale gallo-romaine des pétrocores

Texte & photos – Frédéric Lemont

Le Musée Vesunna de Périgueux – Article paru dans le numéro d’automne 2018 de notre magazine.

Qui d’autre que l’architecte Jean Nouvel, armé de son talent et de son amour pour le Périgord — c’est un enfant du pays sarladais ! — aurait pu aussi bien sublimer les vestiges impressionnants de cette Domus gallo-romaine retrouvée par hasard dans les années 1960, à l’endroit même où auraient dû se tenir aujourd’hui des immeubles HLM ?

Se connecter à l’Histoire

Le parc qui entoure le bâtiment permet de se promener autour de la Tour de Vésone, ce mastodonte éventré. À l’ombre d’arbres qui inspirent eux aussi le respect, cet espace vert vaut le détour à lui tout seul. Pas parce qu’il est flamboyant ou paysagé d’une manière excessive. Non ! Il est simplement l’endroit idéal pour s’asseoir sur un banc et contempler devant soi des dizaines et des dizaines de siècles écoulés. Idéal pour imaginer l’agitation qui devait régner à l’époque gallo-romaine dans la cité de Vesunna, l’une des plus énormes de Gaule. Idéal pour tenter de se connecter avec cette histoire, même en bons profanes que nous sommes, le temps d’un voyage vers une civilisation qui nous fascine, mais dont on ignore tant…

Des vestiges réveillés

Il est l’heure de tourner le dos à la Tour et d’entrer dans le musée pour y découvrir la richesse des collections qui nous viennent tout droit d’une époque si lointaine dont il ne reste que quelques vestiges visibles — bien d’autres sont encore endormis sous la majestueuse Périgueux, à quelques mètres sous terre. On est tout de suite frappé par la manière dont l’architecture moderne vient ici mettre en valeur le passé. À l’époque de la construction du musée, Jean Nouvel l’affirmait lui-même dans une “profession de foi” : “ce site, il fallait le révéler et le protéger… Avec noblesse. Avec tact. Avec netteté, dans la sensibilité et la culture d’aujourd’hui, par le moyen d’une architecture qui a le redoutable privilège de confronter sa présence aux fantômes antiques…

Un écrin de métal et de verre

Les rapports de l’histoire et de la modernité sont source architecturale de grande poésie à condition qu’ils soient francs, sensibles et justes dans la légitimité de l’acte de construire. Une dimension métaphysique naît de l’écart vertigineux et concret entre deux fragments du réel confrontés dans l’espace en quelques mètres et dans le temps en quelques millénaires. Conscient des risques de la situation, j’ai proposé de m’en tenir le plus simplement à ces constatations, et donc de protéger et de révéler”. Un pari réussi ! Vu de l’extérieur, le Musée Vesunna est un bâtiment de métal et de verre imposant, mais aussi très discret.

À l’intérieur, un escalier mène jusqu’à une première salle. Une sorte de sas. On peut y admirer une pierre énorme, un fragment de monument public portant le nom des Pétrocores, le peuple gaulois fondateur de Vesunna, ainsi qu’une mosaïque monumentale d’une finesse à couper le souffle. Un long couloir fait alors office de machine à voyager dans le temps. Nous entrons dans l’histoire… Depuis les mezzanines qui abritent les collections, la vue spectaculaire s’ouvre sur 2 400 m2 de vestiges archéologiques tout en laissant entrer la lumière venue de l’extérieur — ou devrions-nous écrire “du futur” ?

Des fouilles et 1000 objets exposés

Le Musée Vesunna, c’est en effet 3 000 m2 de surface en tout, 3 500 m2 de toiture, 1 350 m2 de façades vitrées, 2 niveaux d’exposition en mezzanines et plus de 1 000 objets exposés dans pas moins de 63 vitrines. Ici, l’espace est donné au temps. L’exposition permanente regroupe les découvertes faites sur le territoire des Pétrocores, qui vivaient sur un territoire équivalent à celui de la Dordogne d’aujourd’hui. Du temps de sa splendeur, Vesunna, la capitale des Pétrocores, occupait 60 hectares sur la rive droite de l’Isle.

La capitale des Pétrocores

L’urbanisation et l’architecture de cette ville nouvelle sont l’inverse de celles de la cité de Rome dans laquelle le dédale des rues étroites n’était que chaos. À Vesunna, l’ordre romain s’exprime : des rues droites et larges quadrillent la cité. Au milieu du IIe siècle, elle possède déjà son forum, son amphithéâtre de 18 000 places et un vaste chantier est lancé pour construire un grand temple dédié à la déesse Vesunna. Manque de chance pour les archéologues de notre époque, à la fin du IIIe siècle, à la suite de l’invasion attribuée aux Alamans, la cité se rétrécit sur 5 hectares et demi et se retire sur un petit plateau derrière des remparts.

Voyager dans le temps

Sacrilège : ces murs d’enceinte sont malheureusement construits en utilisant des pierres provenant d’anciens édifices. Parmi des blocs récupérés lorsque les remparts furent abattus pour moderniser la ville, certains sont aujourd’hui accrochés le long du “mur épais” du musée. Sur les mezzanines, on trouve les traces de la vie publique dans la capitale des Pétrocores. En bas, honneur est fait aux objets du quotidien.

Sur la première mezzanine, on peut admirer les décors et inscriptions des bâtiments de la ville : la mosaïque du forum, les maquettes du temple et de l’amphithéâtre, l’aqueduc, les restes de colonnes… Sur la seconde mezzanine, on trouve ce qui concerne le monde funéraire, notamment des stèles qui se situaient aux abords de la ville. Mathieu, un guide qui prend soin d’un petit groupe, fait part d’une anecdote: “sur certaines stèles, le métier du défunt est annoncé… et parfois, on précise que l’activité ne s’est pas arrêtée. C’est un peu comme les panneaux publicitaires lorsqu’on rentre aujourd’hui dans nos villes…”

Se balader au-dessus des fouilles

Il ne reste ensuite plus qu’à descendre sur la Domus construite en plusieurs étapes. Sa taille devait être impressionnante comme en atteste la maquette au 1/50e. Le gros cercle au centre du musée n’est en effet que l’emplacement du bassin du jardin central. Autour du bassin, on distingue ce qu’il reste des peintures décoratives repré- sentant une faune marine — un exotisme certain pour l’époque ! Ici, on se balade tout autour de ce bassin, à quelques centimètres au-dessus des fouilles, pour découvrir plusieurs espaces parfaitement aménagés.

L’eau la, la religion, la nourriture…

Des grands thèmes sont ici abordés. L’eau avec la présentation d’une pompe en bois incroyablement bien conservée retrouvée dans l’un des puits. La religion. Le chauffage par surélévation des sols sous lesquels étaient entretenus des foyers. La nourriture, les jeux, les soins du corps, les bijoux… On ressort du musée conquis par son architecture, sa mise en scène et son contenu. Il ne reste alors plus qu’à retourner saluer la Tour de Vésone, qui n’était autre que le cylindre central du temple (maquette ci- dessous).

L’emblématique Tour de Vésone

Au centre, une statue monumentale de Vesunna, déesse de l’eau et de la fécondité, divinité gauloise dont le culte fut repris dans la religion romaine. Car, contrairement à la croyance populaire, les Romains respectaient la plupart du temps la culture et les cultes des Gaulois chez qui ils débarquaient. Par Toutatis, c’est qu’ils n’étaient pas si vilains que ça, ces Romains ! ■

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